Skip to the content

Pardonnez-nous d’user de deux expressions anglaises dans le titre pour résumer la situation actuelle, mais l’épidémie de coronavirus (COVID-19) tient à la fois du wake-up call et du game changer. Cette piqûre de rappel doublée d’un changement de paradigme traduit parfaitement l’action du coronavirus sur les marchés financiers et l’économie mondiale.

La situation évolue très rapidement. Le risque est donc grand que les faits soient largement dépassés lorsque vous lirez ces lignes. Il est en revanche intéressant de se pencher sur certaines tendances à long terme créées ou accélérées par le virus. Ces tendances et ces changements de paradigme se manifesteront encore des années durant.

Antécédents

La pandémie de coronavirus survient à un moment où les marchés financiers et l’économie sont en proie à l’incertitude et l’instabilité. L’acronyme VUCA (Volatile, Uncertain, Complex et Ambiguous) résume bien le contexte. Les marchés finan- ciers étaient dopés à l’euphorie face aux politiques monétaires extrêmement accommodantes des banques centrales. En ce moment, Hong Kong, Macao et même Singapour testent l’hélicoptère monétaire. La version fiscale devrait suivre. Dans le même temps, les tensions géopolitiques n’ont jamais été aussi exacerbées.

Le passage d’un cygne noir appelé corona provoque un change ment de paradigme très aigu et très rapide. Des actifs à risque, que de nombreux investisseurs avaient intégrés en portefeuille sans vraiment bien cerner leur profil risque/rendement, avaient été déversés sans vergogne et sans retenue sur le marché. La conservation de liquidités était la seule parade.

Mais contrairement à la grande crise financière de 2008, la crise du coronavirus a aussi paralysé la vie réelle. Au moment où nous écrivons ces lignes, la Belgique est toujours en confinement. Cette situation ne fera pas de bien à un budget déjà en mauvaise posture, surtout si les taux d’intérêt venaient à remonter d’ici quelques années.

 

Gagnants et perdants

Comme toujours dans un tel changement de paradigme, il y a des gagnants et des perdants. C’est le propre de l’économie et de la finance. Commençons par les perdants.

Les principaux seront sans aucun doute les entreprises qui n’étaient de toute façon pas viables. Dans mon livre Gigantisme, je fais référence à plusieurs reprises aux sociétés zombies, dont les rangs se sont gonflés ces dernières années. Pour rappel, il s’agit de sociétés qui, sans les taux d’intérêt extrême- ment bas, seraient tombées depuis belle lurette en faillite. Désormais sans activités opérationnelles viables, elles peinent à couvrir leurs charges d’intérêt à coup de prêts bon marché. Espérons que ces zombies seront d’ici peu définitivement enterrés, car ils parasitent les entreprises saines. Espérons aussi que les États ne les ressusciteront pas dans leurs efforts pour maintenir les entreprises à flot et leur accorder des prêts.

Deuxième groupe important de perdants : les pays déjà lourdement endettés, qui font face à un déclin de la croissance économique. Prenons l’exemple de l’Italie et la G. Par rapport au reste du peloton européen, elles sont confrontées à une faible croissance du PIB réel et à des dettes abyssales. Il est certain que l’Italie, gravement touchée par le coronavirus, en subira encore longtemps les répercussions. Une reprise durable n’y est pas pour tout de suite. Les marchés financiers en sont également conscients. Au plus fort de la crise, le taux des obligations d’État italiennes a grimpé, contrairement à ce qu’on a pu observer dans les pays dits ‘centraux’ les plus fiables, comme l’Allemagne, où la ruée sur les valeurs refuges a fait chuter les taux d’intérêt.

 

 

Heureusement, il y a des gagnants, plus nombreux que les perdants. Le premier me semble être la technologie, un bel exemple du changement de  paradigme à long terme.

Le COVID-19 fait le buzz sur les réseaux sociaux. Pour des informations en temps réel, il n’y avait pas meilleur endroit. En outre, nous constatons que la technologie et les applications numériques apportent dans bien des cas un soulagement aux mesures de «confinement». Citons les séquenceurs d’ADN, mais aussi des sujets plus légers comme les divertissements alternatifs à l’intention des ‘confinés’ : jeux, streaming vidéo (Netflix), visioconférence pour télétravailleurs (Skype et Zoom), sans oublier la panoplie de plates-formes de commerce électronique pour répondre aux besoins en période de quarantaine. Les paiements électroniques et sans contact supplantent aussi les billets et les pièces «cracra».

Je suis persuadé qu’il y a encore des «effets secondaires nu- mériques» que nous n’avons pas encore identifiés. J’imagine que les codeurs (code monkeys) auront mis leur confinement à profit pour concrétiser toutes ces idées qui leur trottaient en tête depuis des années. La voie est aussi ouverte à l’in- telligence artificielle et aux drones.

Nous sommes aussi convaincus qu’en cette période de turbulences, consomma- teurs et entreprises sont prêts à envisager un changement de paradigme et de comportement. Les deux cherchent à assouvir leurs besoins à peu de frais, avec une productivité et une créativité accrues. Nous pensons donc que l’innovation dite ‘disruptive’ va connaître une forte croissance et s’arroger d’importantes parts de marché. Cette évolution se fera au détriment des secteurs plus traditionnels, trop lents à adopter les technologies exponentielles. 

Nous sommes aussi d’avis que la nature de la croissance, les gros flux de trésorerie générés et les bilans solides des entreprises technologiques s’imposeront encore davantage dans un contexte de taux d’intérêt et de croissance ultra-faibles. Comme vous le savez, Econopolis est un pionnier et un convaincu dans le domaine des technologies de demain.

Le climat est un deuxième grand gagnant. Les analyses indiquent que les émissions de CO2 de la Chine ont diminué de 25 % depuis le début de la crise. La consommation de charbon dans les centrales électriques a baissé de 36 %, et la capacité de raffinage du pétrole de 34 %. La réduction du trafic aérien se traduit aussi par un recul des émissions. Au cours des dernières semaines, la Chine a évité les rejets de plus de 200 millions de tonnes de CO2 par rapport à la «normale». La pollution de l’air, à l’origine de nombreuses maladies pulmonaires, a battu en retraite. Si cette tendance se poursuit, il est possible que nous assistions cette année à la première baisse des émissions mondiales de CO2 ‘depuis la crise financière de 2008.

En dehors de la Chine également, l’impasse sur les déplacements inutiles se traduit par une accalmie sur le front du trafic automobile, des embouteillages et par une percée du télétravail. Avec cet arriéré d’émissions de CO2, nous gagnons en quelque sorte du temps pour nous atteler au changement climatique et inciter les changements de comportement à long terme. 2020 pourrait bien être le point de basculement en termes d’émissions de CO2.

 

 

Le troisième gagnant est l’économie locale. La mondialisation était sur le déclin depuis un certain temps, mais son étiole- ment semble encore s’accélérer avec la crise du coronavirus, qui révèle toute la fragilité du modèle et les dangers de la contagion économique. Aux côtés du Brexit et de la guerre commerciale lancée il y a quelque temps par le président Trump, ce phénomène est le troisième facteur qui favorisera la résurgence de l’économie locale. La production locale sera à nouveau privilégiée, tout comme la constitution de stocks.

Enfin, j’ai aussi l’impression que la crise du coronavirus se traduit par un retour des valeurs humaines : civisme, solidarité et recentrage sur l’essentiel. Nous ne pouvons qu’applaudir.

Intéressé par les implications pour votre portefeuille d'investissement?

Geert Noels

Geert Noels

comments powered by Disqus