Aperçu hebdomadaire des marchés

–(Gary Numan, « Are Friends Electric »)

Le paradoxe des marchés financiers actuels réside dans le fait que, du moins aux États-Unis, ce sont les bonnes nouvelles qui sont à l'origine de la volatilité. L'innovation technologique évolue à un rythme si vertigineux que les investisseurs ont du mal à en suivre les conséquences, et encore moins à les intégrer dans les cours. Les besoins de financement de cette innovation entraînent une hausse du coût de l'argent. Et tout cela se traduit par une croissance économique plus forte que prévu et par des révisions à la hausse des prévisions de bénéfices.

La semaine dernière, tout tournait autour de Muse, l'assistant IA personnel de Meta, qui a été accueilli avec enthousiasme tant par les consommateurs que par les investisseurs. Muse a détrôné ChatGPT de la première place de l'App Store américain d'Apple, ce qui a entraîné une hausse de 15 % du cours de l'action Meta. Meta a clôturé la semaine à un niveau proche de son plus haut historique. C’est alors qu’un deuxième effet d’entraînement est apparu. Le marché s’est (à nouveau) tourné vers la chaîne d’approvisionnement de l’IA, notamment les semi-conducteurs, les équipements pour semi-conducteurs et le matériel informatique. Et a vendu tous les modèles économiques susceptibles d’être perturbés par un tel assistant IA, notamment les entreprises grand public proposant des abonnements (du New York Times aux salles de sport), les sociétés financières telles que les assureurs et les banques, ainsi que les plateformes de voyage et de mobilité (d’Uber à Booking.com).

Alors que la hausse du marché s'était encore généralisée il y a quelque temps, nous nous retrouvons à nouveau dans un marché boursier porté par un très petit groupe d'entreprises. Le jour où le Nasdaq a atteint un record, trente titres du S&P ont enregistré leur plus bas niveau de l'année, contre sept nouveaux sommets, et l'indice pondéré de manière égale a à peine progressé de 0,18 %, contre 1,55 % pour l'indice lui-même.

Mercredi, la facture est arrivée, et elle provenait du marché obligataire. Grâce à une industrie en plein essor, l'indice PMI a bondi à 58,4, son plus haut niveau depuis juillet 2021, avec des coûts des intrants qui connaissent leur plus forte hausse depuis 2022. Les investisseurs y ont vu le signe que d'autres hausses de taux d'intérêt étaient à venir. Lorsque le Trésor a placé, cet après-midi-là, 70 milliards de dollars de titres à cinq ans, les acheteurs ont fait monter les prix : l’adjudication s’est conclue à 3,1 points de base au-dessus du prix du marché, soit le deuxième plus grand écart jamais enregistré pour cette échéance, avec une demande étrangère s’élevant à 54 % contre une moyenne de 65 %. Le taux à dix ans a bondi de 15 points de base pour atteindre 5,11 %, son plus haut niveau depuis 2007 et sa plus forte variation journalière en près de deux ans. Le taux à cinq ans a franchi la barre des 5 %. Alors que le Trésor américain se finance de plus en plus sur des échéances courtes, la courbe des taux s'aplatit, et cette semaine encore, les taux à court terme ont augmenté plus rapidement que ceux à long terme.

Malgré les tirs de missiles incessants, les attaques contre des raffineries et la rhétorique belliqueuse, le prix du pétrole a baissé. En revanche, le prix du diesel à la pompe s'est établi à 6,51 dollars, un record historique. Le marché financier table donc sur une issue diplomatique, tant en Iran qu'en Ukraine. Et ce, alors que le marché physique reflète les pénuries réelles et les goulots d'étranglement dans la chaîne d'approvisionnement.

Malgré des mouvements et des discours en apparence contradictoires, les marchés financiers restent un mécanisme ingénieux permettant de refléter dans les cours ce qui se passe dans le monde et les issues possibles. Aujourd’hui, le marché accorde une plus grande valeur à la rareté : matières premières, infrastructures énergétiques, semi-conducteurs, certains actifs industriels et même l’or et le Bitcoin. La valorisation diminue là où il y a une offre excédentaire : obligations, biens de consommation, immobilier commercial. Les entreprises qui réinventent leurs modèles économiques voient leur valorisation augmenter, comme nous l’avons vu avec Meta la semaine dernière. Les modèles économiques susceptibles d’être bouleversés par l’essor de l’IA sont sanctionnés avant même que leur impact ne soit clairement établi. Tout cela engendre une volatilité sans précédent, non seulement en termes de prix, mais aussi en termes de discours. Dans ce contexte, le portefeuille « Buy & Hold » stable, composé d’actions de qualité, ne donne pas de bons résultats. La flexibilité et l’agilité exigées des investisseurs actifs sur ce marché ne cessent de croître. Un agent d’IA pourrait peut-être y remédier.

Avertissement : cet article de blog est purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une offre, ni une recommandation. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs.

Autres articles sur le même sujet :

Suggestion de lecture : « Willem Die Madoc Maakte »

25 septembre 2026

Les propriétaires ne sont pas les mêmes que les locataires

25 septembre 2026

MacroFriday : Malgré plusieurs vents contraires importants, l'activité économique reste particulièrement dynamique.

25 septembre 2026