Cette fois-ci, pas de recommandation de livre sur la finance ou l'économie, mais celle d'un ouvrage qui m'a passionné et qui nous ramène bien loin, à nos racines anversoises. Willem de Reuvere, spécialiste du Moyen Âge, entre en possession de quelques manuscrits médiévaux rares. Son trésor comprend notamment le Recueil de chants d’Anvers et le conte de Reynaert le Renard. Il y a là un manuscrit rédigé en langage codé, qu’il ne parvient pas à déchiffrer. C’est pourquoi il décide de reconstituer lui-même la vie de Willem, l’auteur du manuscrit. « Un roman historique qui vise à mettre en lumière la face la plus sombre de l’histoire. » C’est ainsi que le narrateur décrit son roman. Cela ressemble à un récit ennuyeux, un peu sombre, qui compte en outre 584 pages. Et pourtant. Cela faisait depuis « Le Maître et Marguerite » de Boulgakov que nous n’avions plus pris autant de plaisir à lire un livre. Et nous ne sommes pas les seuls, car ce roman de l’historien néerlandais Nico Dros a été submergé de critiques élogieuses. Le plus beau commentaire était celui-ci : « Je n’aime pas les romans médiévaux, mais je suis heureux que le prix Libris m’ait mis sur cette piste, car je l’ai savouré de tout mon cœur ».
« Willem qui a créé Madoc » se lit comme un roman d’aventures captivant et écrit avec brio. Un enfant en bas âge, échoué sur le rivage, grandit dans une abbaye jusqu’à devenir un adolescent érudit ; un événement terrible survient, ce qui le pousse à partir à la découverte du monde, où il parvient à devenir chevalier et habile intendant de domaines. En chemin, il découvre l’amour et les plaisirs plus « terrestres ». Le roman est un portrait social saisissant de la vie en Flandre et en France au XIIIe siècle. Le voyage mène de Bruges à Bruxelles, Paris, Gand et Anvers. La vie de Willem connaît des rebondissements surprenants, dans lesquels les femmes jouent à chaque fois un rôle central. La femme fougueuse « de condition modeste », l’amour calculé de la noble dame, le jeu sensuel de la jeune fille du peuple et la passion dévorante de Hadewych, l’amante. Aujourd’hui encore, Hadewych compte une multitude d’admirateurs grâce à ses chants et poèmes mystiques. Son désir douloureux de ne faire qu’un avec Dieu ne trouve toutefois pas d’écho chez le fougueux Guillaume, qui, au cours de son périple, devient un libre-penseur critique. Ses profondes réflexions sur l’esprit et le corps touchent également le lecteur moderne. Par ailleurs, le livre constitue une vive dénonciation du fanatisme religieux et de l’hypocrisie sociale. Nico Dros réunit en lui le talent de Desiderius Érasme, d’Umberto Eco et d’Alexandre Dumas. « Willem qui créa Madoc » a été nominé pour le Prix Libris en 2022, mais ne l’a finalement pas remporté. Vous pouvez facilement rectifier cette erreur en lisant le livre. Bonne lecture.
« Willem die Madoc maakte », Nico Dros, 2021, 592 pages, éditions Van Oorschot, ISBN : 9789028223035