Décisions d'investissement en période de hausse des taux d'intérêt : diversification ou « diworsification » ?

Le rôle de plus en plus prépondérant joué par l'évolution des taux d'intérêt dans les débats budgétaires constitue une nouvelle réalité à laquelle sont confrontés les décideurs politiques. La hausse des coûts liés à l'emprunt a également un impact considérable sur les décisions d'investissement des chefs d'entreprise. La barre doit être placée plus haut, non seulement pour garantir la meilleure qualité de service possible, mais aussi, désormais, pour amortir la hausse des charges d'intérêts.

En effet, ils réduisent l'effet de levier et allongent le délai de récupération net associé aux projets d'investissement financés par l'endettement. Une bonne compréhension de la faisabilité (ou non), du délai de récupération et de la sensibilité économique du projet revêt une importance croissante pour les dirigeants d'entreprise chargés de prendre les décisions d'investissement. À une époque où l’argent n’est plus gratuit, ces considérations occuperont une place de plus en plus importante dans l’ordre du jour. La marge de manœuvre pour les investissements non stratégiques se réduit.

Cependant, en tant que gestionnaires d’actifs, ces choix sont au cœur de nos responsabilités. Déterminer quelle classe d’actifs ou quelle action, au vu des informations disponibles aujourd’hui, est la plus à même de faire fructifier votre patrimoine est un exercice dynamique, dans lequel de nombreuses considérations entrent en ligne de compte (que les taux d’intérêt soient négatifs, se maintiennent aux niveaux actuels ou augmentent). Une idée reste néanmoins au premier plan : investir dans ce que nous comprenons, suivre les évolutions sous-jacentes de ces entreprises et les confronter à l’argumentaire d’investissement initial. Ces perspectives se traduisent par un ensemble diversifié qui soutient le pouvoir d’achat à long terme. Or, c’est précisément cet aspect de diversification qui constitue un atout pour les gestionnaires actifs tels qu’Econopolis, à une époque où les fonds gérés passivement tiennent de moins en moins compte de ces considérations et où la diversification ne cesse de s’amenuiser, entraînant une concentration sur un petit groupe d’actions.

En tant qu'entrepreneur, vous ne vous préoccupez pas quotidiennement de la cotation boursière de votre entreprise. Ce qui reste est peut-être encore plus essentiel : une connaissance et une compréhension approfondies des dernières évolutions technologiques, de la santé financière de votre entreprise ou de celle de vos principaux clients. Tous ces facteurs vous permettent d'adapter, au mieux de votre jugement, la stratégie aux circonstances changeantes dont votre entreprise a besoin pour se développer de manière financièrement durable.

Le manque de diversification est peut-être une arme à double tranchant dans le monde de l'entrepreneuriat : d'un côté, c'est justement un atout : en tant qu'entrepreneur, vous pouvez vous concentrer sur ce que vous connaissez le mieux et sur ce sur quoi vous pouvez avoir le plus d'impact. Cette connaissance approfondie du sujet et l'expérience acquise vous permettent de prendre des décisions d'investissement de plus en plus judicieuses. Mais d’un autre côté, votre entreprise représente une part de plus en plus importante de votre patrimoine en cas de croissance financière durable. Le sentiment de maîtrise que vousprocurent ces années, voire ces générations, d’expérience et de savoir-fairevous permet d’accepter la concentration croissante de votre entreprise au sein de votre patrimoine global. Dans les secteurs à forte intensité capitalistique ou cycliques notamment, il n’est pas toujours évident de « réduire » cette exposition de manière judicieuse en versant des dividendes.

L'un des grands avantages de l'investissement en bourse est que cette diversification est bien plus facile. Même si les arguments ne portent pas exclusivement sur l'aspect défensif, comme on le souligne si souvent. Une étude pionnière de Hendrik Bessembinder, s'appuyant sur des données relatives aux actions américaines de 1926 à 2016, montre que seuls 4 % des actions de cet échantillon ont généré des rendements supérieurs à ceux des obligations sur cette période. En d’autres termes, pas moins de 96 % des actions de cette étude n’ont pas généré de rendement supérieur à celui des obligations entre 1926 et 2016. Un portefeuille extrêmement concentré augmente en effet le risque de passer à côté de ces valeurs gagnantes. Mais un portefeuille trop diversifié ne permet plus non plus aux gestionnaires actifs d’identifier les valeurs gagnantes parmi la majorité des actions. Une bonne connaissance des actions composant le portefeuille est donc cruciale pour découvrir ces valeurs gagnantes et, peut-être plus important encore, pour pouvoir les conserver en période de volatilité boursière et éventuellement en racheter à un prix attractif. Il n’existe absolument aucune règle absolue pour cet équilibre en matière de diversification, et à mesure que la situation macroéconomique évolue, il est judicieux de diversifier plutôt que de se concentrer sur un petit groupe d’actions qui ont le vent en poupe (de manière temporaire ou non).

Compte tenu de la concentration actuelle, opter pour un fonds à gestion passive revient à faire un choix actif en faveur d'un groupe restreint de « gagnants » : les 10 premières valeurs de l'indice mondial représentent en effet pas moins de 25 % de la pondération de l'indice. En prendre pleinement conscience constitue une première étape importante, mais aux niveaux actuels, une bonne compréhension des perspectives de croissance financière de ces « gagnants » est peut-être encore plus cruciale. On se rend vite compte que le choix, a priori simple, d’acheter un ETF exige, en raison de la concentration croissante, une compréhension de plus en plus approfondie des actions qui représentent 25 % de l’indice.

Source : Bessembinder , H. (2018). « Do stocks outperform Treasury bills ? » Journal of Financial Economics, 129(3), 440–457. https://doi.org/10.1016/j.jfineco.2018.06.004

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