Les propriétaires ne sont pas les mêmes que les locataires

Où vais-je installer mon sapin de Noël ?

Voici comment Jeff Bezos (fondateur d'Amazon) a commencé sa lettre aux actionnaires en 2003. Même si cette lettre date de plus de 20 ans, son contenu reste aujourd'hui encore d'une grande actualité.

M. Bezos poursuit sa lettre en racontant l’histoire d’un couple d’amis. Ce couple louait sa maison (c’était cinq ans avant la création d’Airbnb) pendant la période de Noël. Et qui dit Noël, dit bien sûr sapin de Noël. Je pense que la plupart des gens placent leur sapin dans un grand pot ou un panier, ou encore sur un véritable support à sapin. Malheureusement, les locataires ne disposaient ni de l'un ni de l'autre et n'ont rien trouvé de mieux que de clouer les racines du sapin au parquet de la maison. Une méthode originale, mais qui présentait le gros inconvénient de laisser des traces de dégâts bien visibles sur le parquet de la maison après les fêtes de Noël.  

Bezos s'est servi de cette anecdote pour souligner que les propriétaires ne feraient jamais cela, car ils comprennent que ce parquet doit durer de nombreuses années. Les locataires, en revanche, n'y vivent que pendant une période déterminée et ne pensent donc, par définition, qu'à court terme. 

En s'inspirant de cette histoire , Bezos a fait valoir que de nombreux investisseurs se comportaient comme des locataires (ils conservaient leurs actions à court terme, puis passaient à la suivante). Dans les années 2000, la durée moyenne de détention d'une action par un investisseur était légèrement supérieure à un an, alors que vingt ans plus tard, on parle de mois, voire de semaines (source : NYSE, Refinitiv). 

Cette analogie peut également être étendue aux dirigeants d’une entreprise, voire au conseil d’administration. C’est pourquoi nous accordons une importance toute particulière au «skin in the game ». «Skin in the game » signifie que l'on court un risque personnel ou que l'on a quelque chose à perdre en fonction de l'issue d'une décision ou d'une action que l'on prend. Dans le monde des affaires, cela se traduit par des dirigeants qui détiennent (beaucoup) d'actions dans l'entreprise qu'ils dirigent.  

Imaginez deux PDG. Ils perçoivent tous deux un salaire de 500 000 euros. Le premier ne détient aucune action de l'entreprise qu'il dirige, tandis que le second détient des actions d'une valeur de 5 000 000 d'euros.  

Si l’on se demande quel PDG s’engagera le plus en faveur des actionnaires, la plupart des gens penseront immédiatement au deuxième PDG. En raison de son importante participation dans le capital, un tel PDG sera automatiquement plus soucieux du bien-être à long terme de son entreprise. Le PDG qui se concentre uniquement sur sa prime de fin d'année et qui, de ce fait, prendra davantage de décisions axées sur le court terme, sera plutôt le premier PDG. Or, ces décisions axées sur le court terme peuvent avoir des conséquences négatives à long terme. 

Skin in the game

Enfin, cela vaut également pour le Conseil d'administration (CA). Un organe chargé, entre autres, de défendre les intérêts de tous les actionnaires peut lui aussi tirer profit de la «skin in the game». Le célèbre Warren Buffett a déclaré dans sa lettre de 2019 qu’aujourd’hui, les membres du CA sont encouragés à faire preuve d’indépendance et, de ce fait, ne détiennent souvent aucune action de l’entreprise au sein de laquelle ils siègent. Les membres du CA détenant un nombre important d’actions sont souvent considérés comme n’étant pas indépendants. Selon Buffett, c’est le monde à l’envers. Les membres pour qui les jetons de présence du conseil d’administration constituent une source importante de revenus seront beaucoup moins enclins à s’opposer aux décisions lorsque l’entreprise ne se porte pas bien, par crainte de perdre leur siège. Les membres qui viennent d’investir une grande partie de leur patrimoine dans des actions seront plus enclins à initier des changements si l’entreprise prend une mauvaise direction. 

J’aimerais conclure cet article comme Bezos avait conclu son discours d’introduction de 2003 : «Vive la liberté de ne pas être locataire !» 

Avertissement : cet article de blog est purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une offre, ni une recommandation. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs.

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